Grenoble a plus de deux mille ans d'histoire. Bourgade gauloise au pied de la Bastille, cité romaine fortifiée, capitale du Dauphiné, ville parlementaire, foyer de la révolte de 1788, berceau de l'hydroélectricité puis ville olympique : chaque époque a laissé une trace dans ses rues. Ce guide retrace les grandes étapes de l'histoire de Grenoble et indique où en retrouver les témoins aujourd'hui.
Cularo, une bourgade allobroge au bord de l'Isère
Avant l'arrivée des Romains, le site est occupé par les Allobroges, un peuple gaulois qui contrôle une grande partie du futur Dauphiné et de la Savoie. La bourgade porte le nom de Cularo. Elle se trouve à un point stratégique : un passage sur l'Isère, à l'endroit où la rivière longe le pied du mont Rachais, et la jonction de routes qui mènent vers l'Italie par les Alpes.
Le nom de Cularo apparaît dans une lettre de Lucius Munatius Plancus à Cicéron, en 43 avant notre ère : c'est la première mention écrite de la ville. Pendant les siècles suivants, Cularo reste une agglomération modeste de la province de Narbonnaise, puis de la cité de Vienne, dont elle dépend.
Gratianopolis, la ville de Gratien
À la fin du IIIe siècle, dans un contexte d'insécurité, Cularo s'entoure d'une enceinte de pierre. Une partie de ce rempart antique est encore visible aujourd'hui dans le centre historique, notamment autour de la place Notre-Dame et dans le parcours du musée de l'Ancien Évêché.
Vers 380, la ville prend le nom de Gratianopolis en l'honneur de l'empereur Gratien. Le nom évolue ensuite en Graignoble, puis Grenoble. À la même époque, la ville devient le siège d'un évêché : le premier évêque connu, Domnin, est mentionné en 381. Le baptistère paléochrétien découvert sous la place Notre-Dame date de ces premiers siècles chrétiens. Sur la rive droite, l'église Saint-Laurent et sa crypte, aujourd'hui musée archéologique, conservent l'une des plus anciennes nécropoles chrétiennes de la région.
Le Moyen Âge : évêques et dauphins
Au Moyen Âge, le pouvoir sur la ville est partagé entre l'évêque et les comtes d'Albon, qui prennent le titre de dauphins au XIIe siècle. Leur territoire, le Dauphiné, s'étend du Rhône aux Alpes. Saint Hugues, évêque de Grenoble de 1080 à 1132, marque durablement la région : c'est lui qui accueille saint Bruno et l'aide à fonder la Grande Chartreuse en 1084.
En 1242, le dauphin Guigues VI et l'évêque accordent aux habitants une charte de franchises. En 1339, le dauphin Humbert II fonde une université à Grenoble. Ruiné et sans héritier, il cède le Dauphiné au royaume de France en 1349 : c'est le « Transport du Dauphiné ». Désormais, le fils aîné du roi portera le titre de dauphin.
La ville du Parlement
En 1453, le dauphin Louis, futur Louis XI, transforme le Conseil delphinal en Parlement du Dauphiné, le troisième du royaume après ceux de Paris et de Toulouse. Grenoble devient une ville de magistrats, d'avocats et de notables. Le palais du Parlement, place Saint-André, en est le symbole : sa façade associe une aile gothique flamboyante et une aile Renaissance.
Les familles parlementaires font construire des hôtels particuliers dans le quartier de la rue Chenoise, de la rue Brocherie et de la Grande Rue. Beaucoup ont gardé leurs cours intérieures, leurs escaliers à vis et leurs plafonds peints. L'association a consacré plusieurs notices à ce patrimoine : la rue Chenoise, les cours, portes et passages du Vieux Grenoble, ou encore les hôtels Croÿ-Chanel et Pierre Bucher.
Lesdiguières et les guerres de Religion
À la fin du XVIe siècle, François de Bonne, futur duc de Lesdiguières, chef protestant rallié à Henri IV, s'empare de Grenoble en 1590. Il gouverne le Dauphiné pendant plus de trente ans et transforme la ville : nouvelle enceinte agrandie vers le sud, premières fortifications sur les pentes de la Bastille, hôtel particulier qui deviendra l'hôtel de ville, jardin qui deviendra le Jardin de ville. Il fait aussi construire le château de Vizille, au sud de Grenoble, présenté dans notre guide sur le château de Vizille.
Au XVIIe siècle, Grenoble accueille de nombreux couvents, comme celui de la Visitation de Sainte-Marie-d'en-Haut, qui abrite aujourd'hui le Musée dauphinois, ou celui des Minimes.
1788 : la Journée des Tuiles et l'assemblée de Vizille
En 1788, le pouvoir royal veut réduire les prérogatives des parlements. Le 7 juin, lorsque les troupes viennent faire exécuter l'exil des parlementaires, les Grenoblois se soulèvent. Montés sur les toits, ils jettent des tuiles sur les soldats : c'est la Journée des Tuiles. Quelques semaines plus tard, le 21 juillet 1788, les représentants des trois ordres du Dauphiné se réunissent au château de Vizille et réclament la convocation des états généraux. Ces deux événements font de Grenoble l'un des foyers précurseurs de la Révolution française.
Un peu plus tard, en mars 1815, Napoléon, revenu de l'île d'Elbe, entre dans Grenoble sans combat. La route qu'il a empruntée depuis la côte méditerranéenne porte aujourd'hui le nom de route Napoléon.
Le XIXe siècle : place forte et ville industrielle
Au XIXe siècle, Grenoble reste une ville de garnison. Le général Haxo fait reconstruire les fortifications de la Bastille, présentées dans notre guide sur le fort de la Bastille, et une nouvelle enceinte est édifiée en plaine. La publication de l'association Grenoble, ville de garnison revient sur cette période.
La ville vit aussi de la ganterie, qui emploie des milliers d'ouvriers et d'ouvrières, puis de la houille blanche. En 1869, l'ingénieur Aristide Bergès utilise la force d'une haute chute d'eau pour alimenter sa papeterie de Lancey : l'hydroélectricité devient le moteur de l'industrie alpine. Les ateliers de construction mécanique, les cimenteries et l'électrochimie se développent dans la cuvette grenobloise.
En 1925, Grenoble accueille l'Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme. Il en reste la tour Perret, l'une des premières tours en béton armé, dans l'actuel parc Paul-Mistral.
Résistance, université et Jeux olympiques
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Grenoble est un centre important de la Résistance, en lien avec les maquis du Vercors. La ville est faite Compagnon de la Libération en 1944, une distinction partagée avec seulement quatre autres communes. Le Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère retrace cette histoire.
Après la guerre, la ville connaît une croissance très rapide, portée par la recherche scientifique, l'université et l'industrie. Les Jeux olympiques d'hiver de 1968 accélèrent cette transformation : nouvel hôtel de ville, Maison de la culture, village olympique, anneau de vitesse et grands axes de circulation datent de cette période.
Où retrouver l'histoire de Grenoble aujourd'hui
- Antiquité et premiers chrétiens : vestiges du rempart romain et baptistère au musée de l'Ancien Évêché, crypte Saint-Oyand au musée archéologique Saint-Laurent.
- Moyen Âge et Renaissance : cathédrale Notre-Dame, collégiale Saint-André, palais du Parlement, hôtels particuliers du Vieux Grenoble.
- Époque moderne : Jardin de ville, fortifications de la Bastille, couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut.
- XIXe et XXe siècles : quais de l'Isère, tour Perret, équipements olympiques de 1968.
Pour aller plus loin, plusieurs musées de Grenoble en accès libre présentent ces différentes périodes, et les notices patrimoniales de l'association détaillent de nombreux lieux de la ville.
Questions fréquentes
Quel était l'ancien nom de Grenoble ?
Dans l'Antiquité, la bourgade s'appelait Cularo. À la fin du IVe siècle, elle prend le nom de Gratianopolis, la « ville de Gratien », en l'honneur de l'empereur Gratien. Le nom de Grenoble dérive de cette forme latine.
Pourquoi Grenoble est-elle appelée capitale des Alpes ?
Située au confluent de l'Isère et du Drac, entourée par la Chartreuse, le Vercors et Belledonne, Grenoble est la plus grande ville des Alpes françaises et un carrefour historique entre les vallées alpines.
Que s'est-il passé lors de la Journée des Tuiles ?
Le 7 juin 1788, les Grenoblois s'opposent aux troupes royales venues faire appliquer l'exil des parlementaires du Dauphiné. Depuis les toits, ils lancent des tuiles sur les soldats. L'épisode est considéré comme l'un des signes avant-coureurs de la Révolution française.
Quand Grenoble a-t-elle accueilli les Jeux olympiques ?
Grenoble a organisé les Xe Jeux olympiques d'hiver en février 1968. L'événement a profondément transformé la ville : nouvelles voiries, hôtel de ville, Maison de la culture, village olympique et équipements sportifs.

