À une vingtaine de kilomètres au sud de Grenoble, à l'entrée de la vallée de la Romanche, le château de Vizille est l'un des monuments les plus importants du Dauphiné. Demeure du duc de Lesdiguières, lieu d'une assemblée restée célèbre en 1788, propriété d'une grande famille d'industriels puis résidence présidentielle, il abrite aujourd'hui le musée de la Révolution française. Voici l'histoire du château de Vizille et ce que l'on découvre dans le domaine.
Une ancienne terre des dauphins
Vizille occupe un emplacement stratégique : le bourg contrôle la route qui mène de Grenoble vers l'Oisans et les cols vers l'Italie. Au Moyen Âge, les dauphins y possédaient un château, dont il ne reste que peu de chose. Le site est ensuite repris par celui qui va marquer durablement la région : François de Bonne, futur duc de Lesdiguières.
Le château de Lesdiguières
Chef protestant, compagnon d'armes d'Henri IV, Lesdiguières s'empare de Grenoble en 1590 et gouverne le Dauphiné pendant plus de trois décennies. Il devient maréchal, puis connétable de France. Au début du XVIIe siècle, il fait construire à Vizille une résidence à la mesure de sa puissance : un grand château entouré de jardins, de terrasses et d'un parc.
L'édifice associe encore des éléments défensifs, comme ses tours, à un plan de demeure de prestige. Un grand escalier d'honneur et un portail monumental, orné d'une statue équestre de Lesdiguières en bas-relief, témoignent de cette ambition. À Grenoble, le duc fait aussi bâtir l'hôtel qui deviendra l'hôtel de ville et dont le jardin est l'actuel Jardin de ville, une étape de notre balade dans le Vieux Grenoble.
Les Perier, une famille d'industriels
Après Lesdiguières, le domaine passe à ses descendants, puis à d'autres familles. En 1780, il est acheté par Claude Perier, riche négociant et industriel grenoblois. Il installe une manufacture textile dans une partie des bâtiments, où l'on imprime des toiles de coton, les indiennes. Son fils Casimir Perier sera président du Conseil sous la monarchie de Juillet.
21 juillet 1788 : l'assemblée de Vizille
En 1788, le Dauphiné s'oppose à la réforme qui retire leurs pouvoirs aux parlements. Après la Journée des Tuiles du 7 juin à Grenoble, les représentants des trois ordres de la province décident de se réunir. Les autorités refusant qu'ils siègent à Grenoble, Claude Perier met son château à leur disposition.
Le 21 juillet 1788, près de cinq cents délégués du clergé, de la noblesse et du tiers état se réunissent à Vizille, dans la salle du jeu de paume. Sous l'impulsion du juriste Jean-Joseph Mounier et de l'avocat Antoine Barnave, ils adoptent une série de résolutions : refus des édits royaux, demande de convocation des états généraux, doublement de la représentation du tiers état et vote par tête. Ces revendications annoncent celles qui seront portées à Versailles l'année suivante. L'épisode vaut à Vizille d'être présenté comme l'un des berceaux de la Révolution française.
Incendies, État et présidents de la République
Au XIXe siècle, le château reste aux mains de la famille Perier. Il subit plusieurs incendies, dont l'un détruit la salle du jeu de paume en 1825. En 1924, l'État achète le domaine et en fait une résidence d'été des présidents de la République, qui y reçoivent parfois des hôtes officiels. En 1973, le château est cédé au Département de l'Isère.
Le musée de la Révolution française
Le Département y installe dans les années 1980 le musée de la Révolution française, le seul musée en France consacré entièrement à cette période. Ses collections réunissent peintures, sculptures, gravures, objets et documents de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Elles éclairent l'histoire politique, mais aussi la place des images et des symboles dans la Révolution. Le musée accueille également un centre de documentation et des expositions temporaires.
Comme les autres musées du Département, il fait partie des musées départementaux en accès gratuit.
Le parc du domaine de Vizille
Le parc, d'une centaine d'hectares, est l'autre grand attrait du site. Il associe un jardin à la française devant le château, de vastes pelouses, un grand canal, des pièces d'eau et une partie boisée. Une réserve abrite des cerfs et des daims, et l'on peut observer de nombreux oiseaux aquatiques. C'est un lieu de promenade très apprécié des familles de l'agglomération grenobloise.
Autour de Vizille
- Laffrey et la prairie de la Rencontre : sur la route Napoléon, au-dessus de Vizille, c'est là que Napoléon, revenu de l'île d'Elbe, se présente devant les soldats envoyés pour l'arrêter, le 7 mars 1815. Ils se rallient à lui.
- La vallée de la Romanche, marquée par l'hydroélectricité et l'industrie, mène vers l'Oisans.
- D'autres châteaux à découvrir dans le département sont présentés dans notre sélection des châteaux de l'Isère à visiter.
Préparer la visite
- Vizille est accessible depuis Grenoble par la route et par les lignes de cars du réseau départemental.
- Prévoyez au moins une demi-journée pour le musée et le parc.
- Les horaires du musée et du parc changent selon la saison ; consultez les informations officielles du Département avant de venir.
Questions fréquentes
Peut-on visiter le château de Vizille ?
Oui. Le château appartient au Département de l'Isère et abrite le musée de la Révolution française, qui fait partie des musées départementaux en accès gratuit. Le parc est également ouvert au public. Les horaires varient selon la saison et doivent être vérifiés avant la visite.
Qui a construit le château de Vizille ?
Le château actuel a été construit au début du XVIIe siècle pour François de Bonne, duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, à l'emplacement d'une ancienne résidence des dauphins.
Que s'est-il passé à Vizille en 1788 ?
Le 21 juillet 1788, les représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état du Dauphiné se sont réunis au château de Vizille. Ils ont réclamé la convocation des états généraux du royaume et le vote par tête. Cette assemblée est considérée comme un prélude à la Révolution française.
Le château de Vizille a-t-il été une résidence présidentielle ?
Oui. L'État a acquis le domaine en 1924 et en a fait une résidence d'été des présidents de la République. Il a été cédé au Département de l'Isère en 1973.
